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OP-ED: La pandémie de COVID-19 renforce les arguments en faveur d'une résilience économique basée sur la technologie

Stefan Nalletamby
16 Apr 2020

Stefan Nalletamby est le Vice-président par intérim du Complexe de la Banque africaine de développement chargé du secteur privé, des infrastructures et de l'industrialisation.

Alors que la pandémie de COVID-19 continue d'avoir un impact dévastateur à l'échelle mondiale, le continent africain, bien qu’il semble moins touché, se prépare à subir une crise sociale et économique grave. Au 27 mai, plus de 124 700 cas avaient été signalés dans 54 pays d'Afrique (soit moins de 1 % des cas recensés dans le monde).

Pourtant, malgré la lenteur de la propagation de la maladie sur le continent, les systèmes de santé africains, de par leur faiblesse, seront dépassés si l'épidémie s’intensifie. Pour éviter ce scénario, les gouvernements mettent en œuvre des mesures d'urgence s’accompagnant de dommages collatéraux considérables, comme la fermeture de magasins et d'usines, le confinement de travailleurs et la suppression d'emplois, qui aura pour conséquence imminente une récession économique.

En réponse à cela, la Banque africaine de développement a levé une obligation exceptionnelle de 3 milliards d’USD sur trois ans pour aider à atténuer l'impact économique et social de la pandémie de COVID-19. Une partie de ces fonds aidera à financer l'accès aux soins de santé et à d’autres biens et services essentiels, ainsi qu’aux infrastructures nécessaires pour faire face à la crise et créer des conditions améliorant la résilience de tous.

La Banque estime que les technologies numériques peuvent et vont jouer un rôle essentiel dans le renforcement de la résilience en aidant à mettre en place des réponses rapides à cette crise tout en contribuant à atténuer son impact.

Un certain nombre de cas spécifiques démontrent d’ailleurs que l’utilisation des technologies numériques contribuent à créer un environnement propice à la résilience humaine en ces temps difficiles.

Une transition vers une économie sans liquidité

L'argent physique agit actuellement comme un vecteur de propagation du virus, et parallèlement à cela, la technologie rend les paiements accessibles et sûrs. Les gouvernements et les start-ups dans toute l'Afrique travaillent pour que ces transactions se convertissent en paiements mobiles, sans échange de liquidité, comme le recommande l'Organisation mondiale de la santé. Le Kenya, pionnier des paiements mobiles, est un bon exemple : les acteurs économiques ont collaboré pour faire en sorte que les paiements numériques puissent être effectués dans tous les secteurs, en particulier par les populations les plus vulnérables. Il a donc été décidé que, pendant une période de trois mois, les transactions numériques inférieures à 1 000 shillings kenyans (10 $) seraient gratuites.

Le Ghana a également mis en place des mesures pour stimuler les paiements numériques et lutter contre les effets de la pandémie. La Banque centrale du pays a ordonné aux prestataires de services d'argent mobile de suspendre les frais sur les transactions de 100 cédis ghanéens (18 $) ou moins et a autorisé l'ouverture de comptes d'argent mobile en utilisant les fiches d’inscription d'abonnés des opérateurs mobiles. Les start-ups sud-africaines spécialisées dans les technologies financières encouragent le recours au paiement sans contact via des dispositifs dans les points de vente.

Commerce en ligne (e-commerce)

Les plateformes commerciales en ligne contribuent à faire respecter la distanciation sociale et à réduire la propagation du virus responsable de la COVID-19. Les applications de livraison en ligne sont devenues le moyen idéal pour commander de la nourriture, des provisions et des fournitures médicales. Les plateformes de commerce électronique, qu'elles soient accessibles sur le web ou via des applications, enregistrent de nouveaux utilisateurs.

Les infrastructures de santé numériques guident la population en toute sécurité lors de la pandémie. Les plateformes médicales à distance, qui proposent un service de chat automatisé (chatbot), permettent aux utilisateurs de poser des questions sur les symptômes d’une maladie et leur traitement. Ces plateformes permettent également au public d'évaluer les probabilités d'infection dans leur cas de figure. D'autres innovations, telles que l’envoi de conseils médicaux par sms ou via WhatsApp, guident les gens sur les comportements responsables à adopter. Les chatbots peuvent également diriger les patients vers les hôpitaux environnants et permettre aux professionnels de la santé de suivre la propagation de la pandémie en temps réel.

Les espaces de travail et d'apprentissage numériques reliés par une infrastructure internet et des plateformes virtuelles sont devenus de vrais outils essentiels pour les entreprises et les établissements d'enseignement, car ils connectent les travailleurs et les étudiants malgré la distance.

La pandémie a mis à jour des approches innovantes qui aident la société à réagir et à minimiser son impact. Cependant, avant même la pandémie actuelle, la technologie numérique en général et les services financiers numériques en particulier, avaient commencé à accélérer la résilience économique, surtout chez les plus vulnérables. En 2019, la Banque s'est associée à la Fondation Bill & Melinda Gates, au gouvernement luxembourgeois et à l'Agence française de développement pour mettre en place la Facilité pour l'inclusion financière numérique en Afrique (ADFI). L’ADFI est un mécanisme de financement mixte qui vise à démocratiser les services financiers numériques en Afrique pour accélérer l'inclusion financière et garantir l’autonomisation du plus grand nombre, en particulier les femmes.

Boost Africa est une autre initiative qui tire parti des technologies pour stimuler la croissance inclusive. Il s’agit d’un partenariat réunissant la Banque, la Commission européenne et la Banque européenne d'investissement, qui utilise le capital-risque pour soutenir les PME de pointe à forte croissance qui tirent parti des technologies porteuses de transformation.

Le Programme d'investissement à impact social pour l'Afrique (SIIPA), une initiative conjointe de la Banque et de la Commission européenne, utilise les technologies pour proposer des biens et des services sociaux aux populations mal desservies.

La pandémie de COVID-19 est une terrible épreuve et ses effets économiques commencent tout juste à se faire sentir en Afrique. Pourtant, les solutions innovantes et les outils technologiques offrent une lueur d'espoir car ils peuvent compléter les efforts humains visant à renforcer la résilience et ralentir ou arrêter la propagation du virus. Nous devons profiter de l’urgence de la situation et développer/démocratiser rapidement les services numériques universels et inclusifs, qui aideront à protéger les populations les plus vulnérables d’Afrique des futurs chocs économiques.

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M. Stefan Nalletamby est le Vice-président par intérim du Complexe de la Banque africaine de développement chargé du secteur privé, des infrastructures et de l'industrialisation. Il est Directeur du Département du développement du secteur financier de la Banque depuis sa création en septembre 2014. Il supervise trois Divisions : Inclusion financière et intermédiation, Développement des marchés des capitaux et Financement du commerce.

Il était auparavant coordinateur du partenariat Making Finance Work for Africa (MFW4A), une plateforme unique permettant aux gouvernements africains, au secteur privé et aux partenaires de développement de coordonner les interventions de développement du secteur financier sur tout le continent. Avant d’occuper ce poste, M. Nalletamby a passé 10 ans au sein du Complexe financier de la Banque africaine de développement. Au cours de son mandat de Conseiller du Vice-président chargé des finances, il a conçu et lancé l'Initiative des marchés financiers africains (AFMI) pour développer davantage les marchés obligataires en monnaie locale sur le continent.

Payments (Interoperability)
Agent Networks

ADFI Focus Areas

Infrastructure numérique
Systèmes de paiement (élaboration/mise à niveau/interopérabilité)

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